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Jeunes socialistes et féministes !

Mis à jour : 22 juil. 2019

Résolution présentée par la fédération de la Haute-Garonne en Conseil national des 8 et 9 juin 2019.


Etre jeune socialiste, c’est être féministe. Les débats sur le féminisme du vingt et unième siècle qui traversent notre société doivent en revanche nous questionner. Notre action de militant.e.s socialiste s’inscrit depuis toujours dans un universalisme qui recherche l’égalité des droits de l’ensemble des individus. Il semble naturel de s’interroger sur la compatibilité des nouvelles théories féministes venues d’outre-Atlantique qui refusent, parfois avec violence, les valeurs que nous défendons.


Si plus aucun progressiste n’ose se dire misogyne ou favorable au maintient de certaines traditions patriarcales, certaines pratiques féministes visent à diviser nos luttes et à freiner la lutte contre le sexisme ou le retour de l’intégrisme religieux au nom de la lutte antiraciste. Nous pensons au contraire que ces combats doivent s’articuler de façon à faire progresser l’égalité au lieu de hiérarchiser les luttes.


Cette clarification peut paraître sémantique. C’est une urgence si nous ne voulons pas voir les progressistes se déchirer, voire aider des mouvements régressifs, au moment où ces acquis peuvent reculent sous les tirs croisés des extrêmes. Plus que jamais, l’actualité nous enseigne que les droits ne sont jamais vraiment acquis, qu’ils sont menacés, comme en Pologne ou dans l’Etat d’Alabama aux États-Unis où le droit à l’avortement a été remis en question. Plus que jamais, les féministes du monde entier doivent unir leurs forces contre les mouvements rétrogrades, fanatiques et patriarcaux, qui veulent rétablir la domination masculine.


1. Le féminisme universaliste, garant de solidarités et d’égalité des droits


L’universalité de notre pensée socialiste est inscrite dans notre ADN. Elle nous amène à défendre un idéal de société toujours plus égalitaire, lui-même garant d’un combat commun contre les discriminations et les violences faites aux femmes. Ce combat universaliste inspire et soutien celles et ceux qui se battent pour leur libération face à des oppressions.

Etre féministe c’est se battre pour l’égalité salariale, l’égal accès à l’emploi à expériences et compétences égales, le droit à l’IVG et à la contraception, la liberté de sa sexualité et de disposer de son corps, l’autonomie financière et l’émancipation des femmes. C’est aussi combattre la marchandisation du corps, l’image de la femme-objet (ou la « réification » du corps de la femme puisque c’est le terme consacré), le pouvoir patriarcal souvent véhiculé par les religions et leurs dogmes, le mariage forcé, l’excision des jeunes filles, les féminicides et le port du voile obligatoire dans certains pays où des femmes perdent leur vie car elles refusent de le porter.


Finalement, être féministe c’est donner à toutes et à tous les mêmes chances et les mêmes possibilités de libre choix dans la société et une dignité égale pour toutes les femmes du monde. C’est la solidarité au cœur de notre projet socialiste d’émancipation individuelle et collective. C’est ce féminisme qui a triomphé en 1975 avec la légalisation de l’IVG portée par Simone Veil ou encore en 1967 lors de l’adoption de la loi Newirth autorisant la pilule contraceptive. Être féministe, au final, c’est se battre sur tous les terrains durant toutes les périodes de l’histoire pour que la femme ne soit pas la seconde de l’homme, mais bien son égale et que l’un et l’autre se complètent, s’aident et s’élèvent.


2. Féminisme intersectionnel et socialisme, quelle compatibilité ?


Le féminisme intersectionnel, venu principalement des pays Outre-Atlantique, utilise la théorie de l’intersectionnalité qui décrit la situation de personnes qui subissent simultanément plusieurs formes de discrimination. D’abord utilisé par Kiberlé Crenshaw en 1989 pour décrire l’intersection entre le sexisme et le racisme subi par des femmes afro-américaines, qui n’étaient alors pas incluses dans les discours féministes, ces théories sont aujourd’hui différemment utilisées et certaines peuvent mener à des situations qui rentrent en contradiction avec nos idéaux socialistes.


Ces théories sont intéressantes pour décrire certaines situations de discriminations, et peuvent nous éclairer sur le fait que certaines personnes peuvent être victimes de plusieurs discriminations simultanées dans notre pays. En revanche, lorsque ces théories descriptives sont utilisées à des fins prescriptives, elles produisent de la discrimination en cherchant à lutter contre les discriminations. Par exemple, l’utilisation du concept intersectionnel ne peut justifier l’organisation de réunions non-mixtes, excluant des personnes sur la base de leur sexe ou de leur couleur de peau et empêchant de faire « cause commune ». Cela n’empêche nullement pour des membres victimes de discriminations désireux de l’organisation de ce genre de réunion, de pouvoir se réunir dans un cadre privé.


Notre République ne reconnaît pas de races en France, tout comme Jaurès qui écrivait qu’il n’y a qu’une seule race : l’humanité. C’est en recherchant l’universalité des droits que la lutte contre les discriminations s’effectue. C’est grâce à cette conception englobante que la Gauche a fait adopter en 1983 la loi Roudy sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes ou a rendu possible le mariage pour tous en 2013.


Au contraire, une forme de féminisme intersectionnel fait passer du droit à la différence à la différence des droits. Il n’y a pas de frontière culturelle au féminisme. Les considérations ethniques, religieuses, de couleur de peau ou d’origine géographique d’une personne ne peuvent pas être des critères discriminants, encore moins être invoquées pour délégitimer la dénonciation de l’oppression patriarcale ou du sexisme. Malheureusement, un courant extrême de ce féminisme intersectionnel refus que l’on dénonce le viol, que l’on questionne le voile, ou que l’on se battent contre les mariages forcés ou les mutilations sexuelles. Ces luttes historiques et communes, portée le plus souvent par des féministes du sud, sont présentées comme une forme de colonialisme culturel voire de racisme. Ce qui revient à soutenir la propagande des antiféministes.


La même dérive nie le droit à la parole à certaines féministes au nom de leur couleur de peau, ou à réduire leur prise de position à celle d’un « féminisme blanc ». Ce qui relève d’une ethnicisation insupportable du débat d’idée dresse en prime des frontières entre les partisans de l’égalité. Regarder les femmes en fonction de leurs caractéristiques ethniques, comme le veut ce féminisme, n’est pas gage de solidarités mais conforte les stéréotypes que l’antiracisme devrait chercher, au contraire, à déconstruire. Pour rappel, les luttes sociales se sont toujours gagnées par le collectif et la fraternité.


Le concept de féminisme blanc, directement issu des théories intersectionnelles produit du sexisme et du racisme contraires à nos valeurs socialistes. Les pays dans lesquels les luttes intersectionnelles se sont imposées sont des pays construits sur la notion de communautarisme qui exclut le mélange des individus entre eux, l’échange des cultures et favorise le racisme et le côte-à-côtisme des différentes communautés.


Jeunes socialistes, continuons à nous battre pour que toutes les femmes aient les mêmes droits, toutes et tous ensemble, et emporter des combats majeurs pour une société égalitaire.



3. Vers un féminisme du vingt et unième siècle ?


Les combats pour l’égalité et l’émancipation des femmes ne sont pas encore tous gagnés, nous le savons. C’est à nous jeunes socialistes de continuer à remporter des batailles pour qu’un jour nous soyons toutes et tous égaux en droits.


Dans le domaine de l’éducation qui est le terreau de notre société, la formation du personnel éducatif dans les écoles et les crèches doit être repensée afin de déconstruire les comportements genrés entre féminin et masculin, pour ne plus reproduire les schémas d’inégalités entre les femmes et les hommes.


L’égalité salariale entre les femmes et les hommes doit aussi devenir une réalité. Si celle-ci existe du point de vue du droit, il n’en reste pas moins que nous en sommes encore loin. Selon l’Insee, les femmes perçoivent un salaire inférieur de 18,5 % par comparaison avec celui des hommes en équivalent temps plein. Selon le ministère du Travail, la discrimination pure serait d’environ 10 %. Rappelons aussi que l’égalité salariale pose la question de la présence des femmes sur le marché du travail, l’égalité aux postes d’encadrement, l’indépendance économique ou encore la répartition des tâches au sein d’un couple, qui sont des combats débutés il y a déjà de nombreuses années.


A ce propos, une refonte des congés parentaux doit être envisagée, avec un meilleur partage des semaines disponibles pour les deux parents après la naissance ou l’adoption d’un enfant. Pour la réussite d’une telle mesure, une sensibilisation au congé parental doit être réalisée dans les entreprises privées et dans les collectivités territoriales.

En ce qui concerne le triste sujet des violences faites aux femmes, une modification des règles d’interventions des forces de polices doit être pensée, afin de ne pas attendre qu’une femme perde la vie pour intervenir. De même, la construction de maisons-relais doit être accélérée pour que ces femmes soient en sécurité.


En tant que jeunes socialistes, nous portons de nouveaux combats qui sont plus spécifiques aux jeunes générations que nous représentons. C’est le cas pour le remboursement des protections hygiéniques, la pilule masculine sans danger pour l’homme, une meilleure éducation sexuelle, la lutte contre la taxe rose, la pornographie féministe, la déculpabilisation sur l’avortement ou encore l’acceptation de son corps. C’est aussi le développement d’activités sportives mixtes et la réappropriation de sports masculins qui permettraient un meilleur partage de l’espace public.


C’est la lutte contre tous les discours et les dogmes qui placent la femme en situation d’inégalité et d’infériorité face à l’homme, qu’ils soient de nature politique, philosophique ou encore religieux. Etre jeune socialiste, c’est avoir le courage de dénoncer des rites religieux qui placent la femme en situation d’infériorité. Etre jeune socialiste c’est refuser les idéologies politiques misogynes qui donneraient à la femme un rôle particulier dans la société. Etre jeune socialiste, c’est considérer philosophiquement que les spécificités qui peuvent résulter du sexe que l’on a ne doivent pas entraîner de conséquences sur les droits humains.

© Fédération des Jeunes Socialistes de Haute-Garonne 2018

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